Sortie en salle le 13 mai 2015
Rana est une femme iranienne (!) habitant Téhéran. Son mari est en prison à cause de son associé qui l'a arnaqué. Rana travaille jour et nuit afin de payer les dettes de son mari et pour avoir l'espoir qu'un jour il puisse sortir de prison. La nuit, elle exerce le métier de taxi, uniquement pour femmes afin de ne pas avoir de problèmes avec les hommes et les autorités. Un métier qui l'a conduira à rencontrer Adineh. Cette dernière vient d'un milieu aisé. Elle est harcelée par un père autoritaire qui veut la marier à un cousin. Adineh se sent différente des autres femmes. Elle se fait appeler Eddie et veut devenir un homme. C'est pourquoi il veut fuir l'Iran, se faire opérer et vivre une nouvelle vie dans un pays plus ouvert.
Dans un premier temps, lorsque Rana apprend qu'Adineh est transgenre, elle va prendre peur et lui demandera de sortir du véhicule. Elle lui expliquera par la suite qu'elle avait surtout eu peur que derrière Adineh se cachait un homme qui voulait lui faire du mal. Eddie et Rana vont apprendre à se connaitre malgré leurs différences jusqu'à s'apprécier et s'entre-aider l'un-e et l'autre.
Nous avons affaire à un film très porté sur la société iranienne et en particulier sur les femmes. Rana incarne une femme qui doit mentir à son mari pour le faire sortir de prison car il ne doit pas savoir qu'elle fait taxi. Une iranienne qui conduit est plutôt rare mais qui en plus en fait son métier est très mal vu dans une société dans laquelle les femmes sont considérées comme inférieures aux hommes. Malgré la gentillesse de sa belle-mère qui vient régulièrement la voir, cette dernière en quelque sorte la surveille, comme si une femme sans homme dans la maison n'était pas capable de gérer sa vie. On verra aussi le qu'en dira-t-on, le carcan des voisins pour qui une femme doit avoir un lien de parenté avec l'homme qui l'accompagne (à un moment précis ou pas). Les femmes sont infantilisées puisque considérées comme inférieures. Eddie se sent homme, a une personnalité forte et rejette ces inégalités. Son père rejette quant à lui cet Eddie et impose qu'Adineh épouse son cousin. Le film est doué d'une morale universelle, celle de la solidarité, de l'entrai-aide, de l'égalité, de l'acceptation de l'autre. Il met bien sûr l'accent sur les différences, sur les discriminations (sur les femmes, sur les transgenres).
Ce cinéma (enfin ces cinémas) iranien m'interpelle toujours. Malgré la censure, les difficultés de sortir un film dans une République Islamiste, il y sort régulièrement des films de haute qualité et "Une femme iranienne" en fait partie. A noter que le film est réalisé par Negar Azarbayjani et produit par Fereshteh Taerpoor, deux femmes qui montrent une nouvelle fois que le cinéma iranien peut être une source d'émancipation pour les femmes.
Les deux rôles principaux sont superbement interprétés par Shayesteh Irani (Adineh/Eddie) et Ghazal Shakeri (Rana). Sans oublier Homayoun Ershadi (le père d'Adineh/Eddie) qui n'arrive pas à écouter son cœur et pense effectuer le meilleur choix en obligeant sa fille à se marier. Nima Shahrokh Shahi, dans le rôle du frère, va prendre une décision qui changera la vie de sa sœur.
Le film a fait un peu polémique en France à cause des traductions, comme le fait d'utiliser "intersexe" au lieu de "transgenre" et surtout de traduire le film en "Une femme iranienne". Qui est la femme iranienne ? Rana ? Que devient alors Eddie ? Un second rôle ? Où est-ce Eddie la femme iranienne ? Bref, cela reste toute de même ambigü mais nul n'est mon intention de faire un procès d'intention à Outplay qui distribue le film en France (spécialisé dans les films LGBTI).
Bande annonce :