Sortie en salle le 4 février 2015
Kertu est un film estonien réalisé par Ilmar Raag. L'Estonie est un petit pays de 1.372.000 habitant-e-s avec une superficie plus ou moins équivalente à celle des Pays Bas. Il est situé au Nord de l'Europe, en-dessous de la Finlande (séparé par la mer), à l'est se situe la Russie et au sud la Lettonie. Il fait parti des Pays Baltes avec la Lituanie et la Lettonie. Sa capitale est Tallinn. Depuis 1991 l'Estonie a obtenu son indépendance depuis la fin de l'U.R.S.S. Un peu de géographie pour ce pays dont on ne parle quasiment jamais hormis pour des destinations touristiques.
En 2013, année de sa sortie en Estonie, "Kertu" est le film qui obtenu le plus d'entrées, dépassant des films comme "Gravity". Son prix obtenu au festival de Cabourg lui a permis de trouver un distributeur français qui le diffusera notamment dans quelques cinémas parisiens d'arts et d'essais.
Kertu est une femme de 30 ans qui vit chez ses parents dans un village sur l'île estonienne de Saaremaa. Son père est violent et autoritaire, sa mère soumise. Elle est très timide et a peur des personnes qu'elle rencontre. Ses parents et tout le village pensent qu'elle a un fond de débilité. Elle travaille à la Poste et distribue le courrier à pied. Elle est secrètement amoureuse de Villu, un alcoolique qui court après les femmes. Tout va changer dans leur vie le jour où Kertu envoie une déclaration sous forme de poème à Villu. Ce dernier va apprendre à connaître Kertu, en ne la voyant pas comme une simple d'esprit mais comme une femme qui a besoin de se sentir en confiance pour
s'exprimer, chose qu'elle ne rencontre jamais dans le cercle familial qui ne lui permet pas de s'extérioriser, ni de s'exprimer, ni de prendre des initiatives. Au contraire, son père violent l'humilie (ainsi que sa femme) et l'a fait passer pour une demeurée. Après une nuit passée ensemble les parents de Kertu et tout le village pense que Villu a abusé d'elle. Il a désormais tout le monde à dos hormis sa mère qui le soutient. En parallèle, Villu apprend qu'il a un cancer à la gorge et que s'il continue à boire et à fumer, sa vie s'arrêtera dans moins d'un an.
Dans ce film Ilmar Raag nous mène dans une histoire d'amour atypique entre un homme alcoolique qui se détruit et une femme qui souffre d'un complexe d'infériorité à cause d'un père violent et ultra dominant. Les prises de position des gens du village qui vivent par les "on dit" et les à priori sans analyser en profondeur, préfèrent exclure Villu plutôt que de remettre en question le patriarche (père de Kertu). Kertu, timide, très timide, souffrant de peur, la peur des autres, se met à parler, à rire au contacte de Villu. Il lui aura fallu attendre 30 ans pour que quelqu'un la considère juste pour ce qu'elle est : une femme à l'écoute, qui veut être écoutée, s'épanouir, échanger qui veut aimer et être aimée... et non le personnage dans lequel son père l'a confinée. Sa famille ne comprend pas que sa timidité maladive provient du fait qu'elle a été "maternée" à outrance et humiliée. Avec Kertu, Villu comprendra qu'il est temps de se battre pour rester en vie et que la vie peut aussi être belle.
La photographie sur l'île de Saaremaa est belle, mettant en avant des paysages somptueux et avec une esthétique appropriée. Le film est à rebondissement même s'il ne s'agit aucunement d'un film d'action ou d'un thriller. A aucun moment je ne me suis ennuyée, avec des enchaînements bien menés malgré certaines longueurs (justifiées). Le film joue beaucoup sur les relations entre personnes (Kertu et son père, Kertu et sa mère , Kertu et Villu, Villu et sa mère) et de forts moments en émotion apparaissent notamment la scène à l'hôpital et l'après hôpital, le final, la rencontre entre Kertu et Villu, la violence du père avec sa fille et sa femme...). Une histoire qui a permis à deux êtres de se reconstruire et d'essayer de sortir de leurs problèmes mais aussi un final inattendu qui permet de constater que finalement les plus malheureux ne sont pas forcément ceux que l'on croit.
Ursula Ratasepp dans un rôle très difficile joue magnifiquement Kertu apeurée, isolée, maltraitée avec son regard triste, baissant la tête et avec un changement radical au côté de Villu : elle se met à sourire, à rire, un physique qui se métamorphose pour créer une Kertu joyeuse et heureuse. Dans le rôle de l'alcoolique Mait Malmsten s'en sort très bien, il se métamorphosera également, d'une autre façon mais il changera pour vivre, soutenir et rejoindre celle qu'il aime. La qualité et le succès du film est en parti grâce aux acteurs et actrices qui joue avec grande conviction.
"Kertu" est une bonne surprise, le genre de film de qualité à petit budget à soutenir inconditionnellement. :-)
Avec Ursula Ratasepp, Mait Malmsten, Külliki Saldre, Leila Säälik, Peeter Tammearu, Jüri Lumiste, etc.
Bande annonce :