Sortie en salle le 17 décembre 2014
En Syrie, les Youtubeurs filment et meurent tous les jours. Tandis que d’autres tuent et filment. A Paris, je ne peux que filmer le ciel et monter ces images youtube, guidé par cet amour indéfectible de la Syrie. De cette tension entre ma distance, mon pays et la révolution est née une rencontre. Une jeune cinéaste Kurde de Homs m’a « Tchaté » : « Si ta caméra était ici à Homs que filmerais-tu ? » Le film est l’histoire de ce partage.
Ossama Mohammed, réalisateur, a dû fuir la Syrie et s'exiler en France, comme tant d'autres de ses compatriotes. Une révolution/guerre civile qui a débuté durant le "printemps arabes" et qui continue toujours. Elle a provoqué la mort de 200.000 individu-e-s, exilées et déportées des millions de personnes. Dans la première partie du film, Ossama Mohammed a choisi de montrer des images d'une violence inouï trouvées sur internet, filmées aux téléphones portables par des manifestant-e-s et également par les sbires de Bachar el-Assad. Des scènes de tortures montrant les atrocités (tabassages, tortures, meurtres...) commises sur des syriens qui demandaient juste plus de liberté. La seconde partie est filmée par Wiam Simav Bedirxan, une jeune syrienne kurde vivant à Homs. Elle a pris contact avec le réalisateur par internet et de-là est né leur collaboration qui se concrétisera par ce film. Elle filmera son quotidien dans une ville dévastée, détruite par la guerre qui n'en finit plus. Dans sa lutte au quotidien pour la survie et pour dénoncer ce qui se passe en Syrie, elle verra sa famille mourir sous ses yeux. Elle donnera des cours à des jeunes enfants dans une école improvisée afin que la vie continue coûte que coûte. Dans les rues en ruine elle filme ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, des chats blessés, des enfants, la peur, la peur de mourir dans une ville en état de siège.
"Eau argentée" est la traduction française du prénom "Simav", celle qui risquera sa vie pour filmer cette terrible guerre. Il ne faut pas voir dans ce documentaire un film qui retrace le parcours de cette guerre civile mais un témoignage de deux individus, l'un exilé à Paris et l'autre vivant dans une ville assiégée. La première partie est terrible à regarder. Les atrocités commises montrent que toutes les guerres sont horribles et qu'elles devraient être abolies. Il est parfois difficile de regarder les scènes jusqu'au bout tant le sadisme et l'horreur nous plonge dans un cauchemar, un cauchemar éveillé vécu par tant de personnes. A plusieurs reprises j'aurais voulu que le film de termine là, pour ne pas voir la suite mais il faut savoir, il faut voir, il faut entendre ce qu'un peuple endure. Alors peut-être y-a-t-il un peu de voyeurisme, de surenchère ? Ce n'est malheureusement que la vérité derrière ces images troublantes.
Derrière les images se trouvent des textes poétiques d'échange entre Ossama Mohamed et Wiam Simav Bedirxan. Des textes mais également
des images bien trouvées qui font de ce film autre chose qu'un condensé de reprises de vidéos. On y trouve un côté artistique, entre images et textes qui forment une certaine beauté malgré les atrocités de certaines scènes et de la terrible situation que vivent les syriens et syriennes.
Wiam Simav Bedirxan est venue en France et plus précisément à Cannes
pour présenter avec Ossama Mohamed leur film. Pour la première fois les deux se rencontraient. Wiam Simav Bedirxan est partie rejoindre la Syrie peu de temps après car elle avait besoin d'être là-bas.
Le documentaire était suivi d'un débat/échange autour de la situation en Syrie mené par deux activistes d'Amnesty International. AI mène actuellement une campagne à laquelle vous pouvez participer afin de faire pression pour que la France accueille davantage de réfugié-e-s syrien-ne-s. Il faut savoir qu'environ 95% des réfugié-es, soit presque 4 millions sont répartis dans 5 pays, à savoir le Liban, la Turquie, la Jordanie, l'Irak et l'Egypte.
Un documentaire qui malgré la dureté des images (il est d'ailleurs interdit au moins de 16 ans) propose un aspect poétique. Il dénonce un régime syrien totalitaire qui pratique la torture à outrance, les meurtres en série, la liberté d'expression bafouée, les droits humains inexistants.
Bande annonce :
Lien de la campagne d'Amnesty International