Sortie en salle le 10 février 2016
"Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise.
D'abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher.
Peu à peu, se nouent entre Mathilde, athée et rationaliste, et les religieuses, attachées aux règles de leur vocation, des relations complexes que le danger va aiguiser...
C’est pourtant ensemble qu’elles retrouveront le chemin de la vie."
Ce film est tiré d'une histoire vraie, d'un carnet de bord rédigé par Madeleine Pauliac, la Mathilde Beaulieu du film. Elle est née en 1912 et décède le 13 février 1946, soit très peu de temps après la fin des événements qui ont conduit à la réalisation du film. Quelques lignes sur Madeleine Pauliac figure dans le générique de fin, en petit. Dommage car la moitié des gens ne regardent pas les génériques. Un documentaire sur sa vie est en préparation. Dans le film, les parents de Mathilde Beaulieu sont ouvriers, communistes et elle n'a pas encore fini ses années de médecine car elle s'est rapidement engagée dans la Croix Rouge Française. Madeleine Pauliac a été résistante pendant la seconde guerre mondiale, ce qui montrait déjà son engagement.
En Pologne, elle assiste Samuel, un chirurgien juif qui a perdu ses parents dans les camps de concentration. Après avoir eu l'invasion allemande, la Pologne est sous contrôle Soviétique. Lorsqu'une religieuse tape à la porte de la Croix Rouge Française pour demander de l'aide, Mathilde refuse, le camp de la Croix Rouge étant destiné à une seule mission : soigner les rescapés français avant leur rapatriement. De sa propre responsabilité, elle suit la religieuse jusqu'au convent qui se situe en pleine forêt, loin de tout. Elle apprendra que des soldats soviétiques ont fait irruption 8 mois plus tôt dans le couvent et ont violé les femmes. 7 d'entre elles sont enceintes et sont sur le point d'accoucher. Chaque nuit, Mathilde se rendra à vélo ou en véhicule, en cachette, dans le couvent pour prodiguer des soins, voir l'état de santé des femmes et être présente lors des accouchements (au moins une césarienne a été nécessaire). A leur contact, elle arrivera à se faire accepter, ce qui lui permettra de mieux les cerner et sans jugement.
En regardant le film, on pense à toutes les guerres horribles qui sont perpétuées. Une multitude de mort-e-s, d'innombrables violes commis au nom de la guerre, de la violence omniprésente, des familles brisées, des villes détruites. Et tout ça pourquoi ? Le viole est une arme (de guerre) pour torturer, humilier les femmes simplement parce qu'elles sont femmes et qu'elle doivent en subir les conséquences dans un monde où le patriarcat domine. On s'imagine l'état d'esprit d'un groupe de militaires entrant dans un couvent pour faire subir aux religieuses un tel supplice car voyez-vous, en période de guerre, tout est permis, tout se justifie, même le pire. Après ce petit aparté contre les guerres, la violence et anti-militariste, revenons au film.
La plupart des scènes sont jouées dans le couvent et dans la forêt. Une forêt enneigée (hiver oblige) qui rend des images splendides et qui s'accordent très bien avec la tenue des religieuses : blanc (neige) et bleu foncé (proche du noir, des arbres). Par quelques fois, j'ai pensé pour la photographie à "Ilda" de Paweł Pawlikowski tourné en noir et blanc en Pologne mais la comparaison s'arrête là. J'ai apprécié la justesse des plans, notamment sur les actrices, pour décrypter leurs émotions. Les images, les plans sont pour moi une totale réussite. L'histoire est inoubliable, universelle. Impossible d'y être indifférente. Je découvre pour la première fois à l'écran Lou de Laâge dans le rôle principal qui est super convaincante. Quelques scènes m'ont semblé un peu au ralenti et la relation sentimentale entre Mathilde et Samuel était dispensable. Ce qui n'empêche pas que j'ai passé un bon moment en regardant "Les innocentes", un film vraiment réussi.
Avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek, Agata Kulesza, Joanna Kulig, Eliza Rycembel, Anna Próchniak, Katarzyna Dabrowska, Helena Sujecka, etc.
La vrai (à gauche) et l'actrice (à droite, Lou de Laâge)
Bande annonce :