Un samedi matin par mois l'association cinéma(s) d'Iran propose la projection d'un film iranien au cinéma Le nouvel Odéon à Paris suivie d'une discussion/débat avec l'historien et critique de cinéma Bamchade Pourvali. J'avais eu écho de cette initiative à la médiathèque de Villejuif lors de la projection du film-documentaire de Sara Rastegar "Mes souliers rouges", celui-ci faisait parti d'une sélection de trois films ayant pour thème le cinéma iranien en exil dans le cadre de la quinzième édition "Le mois du film documentaire".
"Le cercle" est le portrait de six femmes iraniennes qui ont le point commun de vivre dans une République Islamiste dans laquelle les lois mettent l'accent sur l'infériorité des femmes par rapport aux hommes. Une femme n'a pas le droit de circuler dans l'espace publique si elle n'est pas accompagnée d'un homme de la famille ou si elle n'a pas d'autorisation écrite d'un homme. Le film commence par la mère d'une jeune femme qui accouche d'une petite fille alors que l'échographie avait annoncé un garçon. A la maternité, la grand-mère du nouveau-né est prise de panique car sa belle famille risque de répudier sa fille. Elle fuit l'hôpital de peur des représailles que subira son enfant. Dans la rue, elle croise indirectement le chemin de trois jeunes femmes seules (c'est à dire sans hommes) qui ont fuit la prison. Elles essaient tant bien que mal de trouver une issue à leur situation désespérée mais comment faire dans une société où l'espace est quasiment réservé qu'aux hommes et où le simple fait de circuler librement et sans autorisation font de ces femmes des hors la loi ? On verra également une femme répudiée par son père et son frère cherchant de
l'aide auprès d'une amie infirmière afin de l'aider à avorter. Mais cette amie ne voudra pas prendre le risque de l'aider ayant peur des représailles de son mari médecin. Un enchaînement de situations de femmes prisonnières de leurs conditions qui ne peuvent vivre que sous la tutelle d'un homme (le père ou le frère en tant que mineure et ensuite le mari). La liberté n'existe pas pour elles hormis dans leurs rêves les plus fous. Le manque de liberté dans la société iranienne se traduit aussi par un nombre important dans les rues de policiers, de militaires, de gardiens de la révolution qui permettent à la République Islamiste de perdurer.
Avec "Le cercle" Jafar Panahi propose un film sur les exclues, à savoir 50 % de la population iranienne : les femmes. Dans le débat qui a suivi, Bamchade Pourvali expliquait que de plus en plus de femmes vont à l'université et la société patriarcale évoluait tout de même dans les mentalités dans le bon sens même si les lois n'évoluent pas, mais comment faire évoluer des lois islamistes ? On peut imaginer que si évolution il y a en Iran, ça sera par les femmes qui ont l'avantage (par rapport à d'autres pays de République ou d'Etat Islamistes) d'aller à l'école et de fréquenter les bancs de l'université même plus que les
garçons. Ce film est interdit en Iran à cause des idées progressistes de Jafar Panahi. Après 6 année de prison il lui est interdit de réaliser des films, de répondre à des interviews et de quitter le pays pendant 20 ans, ce qui ne l'a pas empêcher de faire un film-documentaire "Ceci n'est pas un film" dans sa maison (en cachette donc) sur sa vie de cinéaste censuré dans son propre pays mais qui reçoit régulièrement des prix à l'étranger. Malgré la censure, ses films sont diffusés en Iran grâce à des DVD vendus en secret au marché noir. C'est à grâce à ce genre de réalisateur qui remet en question le statut des femmes (et aussi des enfants, du manque énorme de liberté, de la répression, etc.) et également des écrivains, poètes, etc. vivant en Iran ou exilés que l'information passe à l'étranger et qu'une telle énergie prônant la liberté, l'égalité hommes/femmes, etc. permettent aux Iraniens et Iraniennes de rêver à autres choses même si le chemin est long, très long.
Le film est proche du documentaire dans sa réalisation et d'une bonne qualité tant dans sa réalisation qui est originale et régulièrement imagée, que dans l'orientation des thèmes liée à l'égalité et à la liberté. Des thèmes qui me sont tout aussi chers et font de "Le cercle" un film incontournable.
Vous pouvez lire la critique du film "Le cercle" de Bamchade Pourvali en cliquant sur ce lien.
Avec Fereshteh Sadr Orafai, Fatemeh Naghavi, Nargess Mamizadeh, Maryam Parvin Almani, etc.
Bande annonce :