• A girl at my door - un film de July Jung (2014)

    Sortie en salle le 5 novembre 2014

    A girl at my door - un film de July Jung (2014)Young-Nam est une jeune commissaire de Séoul mutée d'office dans un village de Corée du Sud. Peu de temps après son arrivée, elle fait la connaissance de Dohee, une très jeune adolescente battue régulièrement par Yong-Ha, son père. Sa mère est partie du foyer alors qu'elle était très jeune, la laissant avec un père violent et une grand-mère qui l'est presque autant. Yong-Ha est chef d'entreprise dans une entreprise maritime. Il est en quelque sorte l'industrie du coin permettant de faire travailler des salariés dans une région reculée, ce qui explique que personne n'ose lui mettre en évidence le fait qu'il bat sa fille, ni qu'il exploite des sans-papiers. La police locale ferme également les yeux sur ses agissements. 

    A plusieurs reprises Dohee trouvera refuge dans la maison de Young-Nam après avoir été frappée par son père. Elle restera durant un mois de vacances scolaires chez la commissaire, trouvant de l'aide, de l'écoute et de la tendresse, choses qu'elle n'avait jamais chez Yong-Ha. Young-Nam et Yong-Ha ont un point commun : tou-te les deux ont un problème avec l'alcool. Tant Yong-Ha est un alcoolique violent et imbus de sa personne, tant Young-Nam est calme et solitaire. Elle A girl at my door - un film de July Jung (2014)recherche dans les boissons alcoolisée un moyen de dormir et d'apaiser ses peurs. Dans le village tout le monde se connait, entre préjugés et habitudes, l'homosexualité de Young-Nam sera dévoilée et la policière sera accusée d'abus sexuels sur Dohee par Yong-Ha qui essaie de sauver sa peau après avoir été arrêté pour séquestration (et bagarre) d'un sans-papier.

    July Jung réalise à 34 ans son premier long métrage après plusieurs courts métrages qui ont reçu des prix.  Pour un premier film, "A girl at my door" est très abouti, assez froid, on n'est pas là pour rigoler ! :-) On sent un profond malaise dans la vie de Young-Nam, entre alcool, solitude et secrets cachés, ce qui rend le personnage attachant tandis que celui de Young-Ha est détestable de part son arrogance et les violences qu'il fait subir à sa fille et aux sans-papiers qu'il emploie. L'enfance traumatisante de Dohee fait qu'on a plus de mal à la cerner. On ne sait pas si certaines situations proviennent de son imagination ou de la réalité.

    A girl at my door - un film de July Jung (2014)July Jung délivre un film simple, filmé de façon sobre et efficace qui dénonce (indirectement ?) les dérives de la société Coréenne (qui peut s'élargir à tous les continents) : les discriminations faites aux lesbiennes (et homosexuels), l'exploitation des sans-papiers, les violences faites aux femmes et aux enfants, les tabous et les problèmes de communication. 

    Un premier film réussi même s'il manque un peu de rythme. J'espère que July Jung nous délivrera d'aussi beaux films dans les années à venir.

    Avec Doona Bae (Yong-Nam), Kim Sae-Ron (Dohee), Song Sae-Byeok (Yong-Ha)

    Bande annonce :

    Vous trouverez ci-après une présentation du film tiré du 4 pages promotionnel qui traite du cinéma sud-coréen et de contexte social de "A girl at my door". La présentation et l'analyse étant pertinente, j'ai voulu vous en faire profiter :

    A girl at my door : le nouveau cinéma Sud-Coréen

    A girl at my door - un film de July Jung (2014)

    Avec la présence d'une star internationale comme Bae Doona et d'un coproducteur ancien ministre de la culture Lee Chang-Dong, "A girl at my door" appuie sur des blessures actuelles de la société sud-coréenne que presque personne ne veut voir en face. Et surtout pas au cinéma. Son parcours dénonciateur passe donc par l'étranger qui joue le rôle de miroir. Et, si'il obtient un quelconque reflet, il reviendra renforcé porter son message en Corée du Sud.

    "A girl at my door" n'est pas isolée dans le cinéma sud-coréen. Après la fin des quotas et la mise sous contrôle de l'industrie locale par une poignée de holdings industrialo-financiers, on s'attendait à voir disparaître à la fois les films "indépendants" et toutes allusions à la société coréenne réelle. Mais la bataille politique autour des présidentielles a donné l'occasion de sorties de films pro-démocratiques opposés au gouvernement actuel. Des films comme "Unbowed, National Security" de Chung Ji-Young ou encore "Rolling home with a Bull" et "Whistle Blower" de Yim Sun-Rye sont des modèles du genre. Lee Chang-Dong, connu pour sa participation au gouvernement sortant démocrate et ses films réalistes-critiques ("Secrets sunshine, "Oasis") n'est pas très éloigné de ce mouvement. Il est d'ailleurs producteur de "A girl at my door". Certains films sociaux ont obtenu des succès inattendus comme "The Attomey" de Yang Woo-Suk (biopic sur le dernier président démocrate du pays qui s'est donné la mort) et ceci malgré le bâclage des sorties par les distributeurs. Car pour le public, aller voir ces films revient à exprimer son opposition politique. "A girl at my door", grâce autant à Bae Doona qu'à Kim Sae-Ron, a dépassé les 500.000 entrées, et fait mieux que les films de célèbres réalisateurs comme Kim Ki-Duk ("Pieta", "Moebius") ou Hong Sang-Soo ("Another Country"). "Haemoo" produit par Bong Joon-Ho, (réalisateur de "Snowpiercer") sur un sujet touchant très directement  l'immigration a franchi la barre de rentabilité d'un million et demi d'entrées.

    La réalisatrice est de la génération de cinéastes qui na pas vécu la contestation qui a renversé la dictature mais qui a étudié aux côtés des vétérans de cette époque. Attachée au réalisme, cheval de bataille de la vérité contre le spectacle des médias, cette génération n'existe que grâce au soutien des vétérans devenus producteurs : Lee Chang-Dong, Kim Ki-Duk, Bong Joon-Ho sont de ceux-là. La distribution en salle leur échappant, les affres de la campagne électorale soutenant ces films s'estompant, il aura fallu le naufrage absurde d'un ferry qui a coûté la vie de plus de 300 lycéens en avril dernier pour relancer la dynamique contestataire des films de la société civile sud-coréenne.

    Les rares femmes réalisatrices en Corée du Sud (la plus connue est Yim Sun-Rye) ont un goût marqué par le réalisme. Jung July semble leur emboîter le pas. Peu d'effets de cadres, de mouvements de caméra  ou de lumières dans son film. Le naturel l'emporte aussi dans le rythme de jeu des acteurs. On peut distinguer son apport de celui de son professeur-producteur : la petite ville portuaire moribonde de Yeosu, le problème des immigrants illégaux, celui de la collusion entre la police et les patrons, l'alcoolisme de l'héroïne sont dans le registre de Lee Chang-Dong. Pour Jung, on relève l'attirance homosexuelle, le personnage étrange de la petite fille (à noter que le titre coréen est le nom de cette fille), la violence familiale, la structure du thriller avec surprise à la clef. L'esthétique réaliste-sociale de Lee Chang-Dong et l'influence des mangas fantastico-pyschologiques pour ados de Jung se complètent : le contextuel pour l'un, l'intrigue pour l'autre.

    Bae Doona s'est fait un nom en Corée avec les séries télévisées puis, avec "Sympathie for Mister Vengeance" de Park Chan-Wook et "The Host" de Bong Joon-Ho. Elle est devenue star inter-asiatique avec "Air-Doll", film japonais de Koreeda, et star internationale avec "Cloud Atlas" des Wachowskis. Elle représente la femme-enfant traditionnelle projetée dans un univers psychologique-moderne, d'où ses films fantastiques ou de science-fiction. Son jeu, minimaliste, basé sur ses grands yeux fixes, est rare dans le cinéma coréen où dominent les mimiques. Elle est capable de jouer sans maquillage, ce qui est encore plus rare. Actrice de pub en Corée, chanteuse au Japon, elle a aussi produit des pièces de théâtre. Déjà star en Corée, la petite Kim Sae-Ron (14 ans) a enchaîné, depuis 4 ans, séries télévisées à succès et films. Adolescente surdouée, elle incarne les héroïnes de mangas aux pouvoirs surnaturels qui inspirent beaucoup les séries télévisées coréennes. Son rôle dans le film fait écho à celui qu'elle tient dans une série récente ("Hi ! School love") : elle y incarne un ange forcé de devenir humain. 

    A girl at my door - un film de July Jung (2014)

    Le contexte social évoqué par le film

    Le mauvais traitement des enfants et le fort taux de suicide des adolescents sont connus en Corée. La violence, souvent cachée, entre adolescents répercute une logique sociétale qui avait été remise en selle par les dictatures successives. Lié à cet aspect, on assiste à l'explosion du nombre de suicides d'adolescents dans le pays. Si la presse attribue ces suicides massifs au concours national d'entrée à l'université, elle le fait de manière à double sens car elle légitime aussi l'esprit de compétition : il est normal de se suicider si on échoue. Les mangas répercutent cette idée au quotidien. Les fleuves, les voies terrestres, les passerelles de métro et les chambres des motels minables sont les cimetières des suicides sociaux. Dans le film, la fillette semble au bord de la folie ou du suicide, seules échappatoires qui lui sont laissées.

    La présence d'ouvriers immigrés sans papiers témoigne de l'explosion du nombre d'immigrés (deux millions actuellement). L'immigration illégale pour le compte de compagnies maritimes comme celle du film touche surtout des ouvriers venus des pays pauvres du Sud-Est asiatique. Souvent mal traités, sous-payés, parqués, sans couverture sociale, ils sont privés de papiers et endettés à vie. Le fait que l'héroïne soit une policière alcoolique et que ses collègues masculins soient spécialement laxistes avec les pratiques illégales du parrain local met en doute l'action de l'état dans ce domaine.

    L'homosexualité reste un tabou social. Des films commerciaux comme "Frozen Flower" ou "The King and The Clown" surfant sur la mode K-pop et des hommes-fleurs (efféminés) ont ouvert la voie à "No Regret" de Leesong Hee-Il ou "Hello My Love" de Kim Aron vrais films LGBT qui ont fait scandale. L'homosexualité féminine, basées sur les traditions transsexuelles (réincarnations hindou-boudhistes-chamanistes) apparaît dans des histoires de fantômes et de lycénnes : "Memento Mori" ou "Whispering Corridor". Ce film tente de na pas dramatiser, donc de banaliser l'homosexualité de l'héroïnes, tout en montrant la difficulté de la vire en plein jour. il en ressort une idée de communauté de sort des parias de la société : l'alcoolique, l'immigré et l'adolescente psychologiquement perturbée.

    Les bouteilles vertes que la policière reverse dans des bouteilles en plastique d'eau sont remplies de Soju, alcool à 20° très bon marché. Tout le village semble s'adonner à l'alcool. Les petites villes déclinent peu à peu, se désertifient ou deviennent des villes-usines. Le choix de Yeosu comme décor de cette histoire permet de donner des causes non seulement à l'alcoolisme, à la violence, à la folie mais aussi à la misère qui atteint les immigrés autant que les natifs.

    Antoine Coppola

     


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