• Sortie en salle le 16 novembre 2016

    Gorge Cœur Ventre - un film de Maud Alpi (2016)Les bêtes arrivent la nuit. Elles sentent. Elles résistent. Avant l'aube, un jeune home les conduit à la mort. Son chien découvre un monde effrayant qui semble ne jamais devoir s'arrêter.

    Le jeune homme en question travaille dans un abattoir. Il amène les animaux jusqu'au stade ultime : l'abattage. Comme il le dit lui-même lorsqu'il abat une vache en train de mettre au monde un veau : "Aucun animal ne peut sortir d’ici vivant". Ces animaux, vaches, cochons, moutons sont aux yeux des humains des machines car il est plus facile d'accepter l'exploitation, la mort d'un animal si on le considère comme une machine que comme un individu sensible. Son chien, Boston, observe les animaux, les renifle, les écoute. Il est par moment les yeux de la caméra, une vision qui le rapproche à la fois des humains et des animaux non-humains. Il a au moins la chance d'être né chien et de vivre avec une personne qui lui apporte beaucoup de joie et de tendresse. Il ne subira pas le sort réservé à ces animaux "d'élevage". Pourtant il a tant de points communs avec eux, par exemple ces vaches avec leur regard, leur nez, si proches de Boston. Et ce chien a tant de points communs avec le jeune homme, leur complicité, leur amour réciproque. Cependant la société divise, d'un côté les humains dominateurs au commande de la planète et de l'autre une place réservée aux animaux très petite, voire insignifiante. La réalisatrice Maud Alpi explique dans une interview "Dans un abattoir on est vraiment à la racine de ce qui nous écrase : s'approprier l'autre en l'enfermant, en le contraignant, en le tuant, ou tout ça à la suite. Les animaux qui se font tuer ne sont pas des métaphores des humains qui se font broyer par un système économique ou politique. J'ai plutôt l'impression que la domination exercée sur les animaux est l'abattoir, et l'abattoir est la matrice d'un monde où les humains s'entre-dominent et se font broyer au nom de l'efficacité et du profit. C'est-à-dire que l'abattoir à mes yeux n'est pas l'image d'autre chose - c'est déjà un sacré effort de regarder par lui-même... Mais l'abattoir produit quelque chose d'autre que de la viande, il produit la possibilité de dominations infinies. Il est un outil de normalisation de la domination. Et il refabrique ça chaque nuit."

    Gorge Cœur Ventre - un film de Maud Alpi (2016)

    Le film se déroule dans un abattoir, avec quelques excursions à l'extérieur, proche du documentaire mais en restant une fiction réaliste. Caméra à l'épaule, on déambule dans l'abattoir, dans les couloirs. Des scènes d'abattage sont présentes pour bien montrer le but ultime d'un abattoir : tuer pour en extraire la chair qui deviendra de la viande. On voit ces scènes de loin, le film ne fait pas dans le gore même si les images donnent un goût amer car telle est la réalité. A l'aide d'un tuyau d'arrosage le jeune homme se lave comme pour essayer de nettoyer et de guérir les stigmates produits par l'abattoir, des faits et gestes qui le conduisent à être complice du meurtre des animaux. Il arrose aussi les animaux en cette période de forte chaleur pour les aider à mieux surmonter leur stress, un moyen lui permettant certainement de leur offrir au moins pendant quelques instants des minutes de répit et de déculpabiliser de travailler dans un tel lieu.

    "Gorge Cœur Ventre" est filmé de façon minimaliste et avec intelligence, comme lorsque l'on suit Boston. Il n'entre pas dans la case des filmsGorge Cœur Ventre - un film de Maud Alpi (2016) militants mais son approche et les images vues ne peuvent pas laisser les spectateurs et spectatrices indifférent-e-s au sort des animaux élevés, exploités, utilisés, tués pour la consommation humaine. De ce fait, il fait réfléchir, tant sur notre alimentation (viande) et de façon plus générale, sur la place des animaux dans notre société et de la domination qu'exercent les humains sur les autres espèces. Il se rapproche un peu du cinéma expérimental, très loin dans l'approche des films commerciaux et divertissants qui dominent le monde du cinéma, laissant une place minime au cinéma indépendant.

    La fin du film avec l'arrivée du générique, seul moment musical du film, amène aussi la question de la place des animaux de "compagnie" avec la chanson "Show Me The Place" de Leonard Cohen.

    Après 5 courts-métrages, Maud Alpi réalise son premier long-métrage. Virgile Hanrot, le jeune homme qui tient le premier rôle joue pour la première fois et un peu par hasard, dans un film. Maud Alpi et Baptiste Boulba-Ghigna, le co-scénariste l'ont rencontré à une free parade, ce qui a permis leur collaboration.

     

    Avec Virgile Hanrot, Dimitri Buchenet, Boston, Giula Cortese, Sébastien Spegagne

    Gorge Cœur Ventre - un film de Maud Alpi (2016)

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  • Présences d'Esprits # 85 - automne 2015 (fanzine)Le club Présences d’Esprits est une association loi 1901 à but non lucratif, créé en septembre 1992, dont l’objectif est « la promotion de l’imaginaire fantastique sous toutes ses formes ». Il regroupe des amateurs de science-fiction, de fantasy ou de fantastiques, quel que soit le domaine artistique ou culturel : littérature, cinéma, BD, illustrations, jeux, design, etc. Il édite chaque trimestre deux publications : "Présences d'Esprits", le zine des mondes de l'imaginaire qui contient une soixante de pages, "AOC" (Aventures Oniriques et Compagnie) avec des nouvelles et des illustrations, 39 numéros à son actif à ce jour. Il publie des recueils de nouvelles, gère un site internet, un forum, organise des ateliers d'écriture, des rencontres, est présent lors de festivals, salons, etc.

    J'ai découvert le zine Présences d'Esprits avec le numéro 80 et son dossier consacré aux zombies. Lors du salon fantastique 2016 à Paris, j'ai eu l'occasion de rester un petit moment derrière leur stand et faire quelques petites emplettes dont le dernier numéro sorti quelques semaines plus tôt. Une belle couverture couleur qui flash bien d'entrée de jeu avec Star Trek qui permet d'annoncer le dossier du numéro. 13 pages sont consacrées à cette série de science fiction phare : un intéressant historique, de 1964 (épisode pilote. La série débute en 1966, soit 50 années de Star Trek mania !) jusqu'à maintenant. Une interview de Philippe Hils, il s'occupe d'un wiki consacré à la série. Egalement un glossaire pour mieux comprendre les termes techniques spécifiques à Star Trek, un article sur les peuples et organisations afin de mieux intégrer la spécificité de chaque peuple et planète, un autre sur la non-violence et la tolérance contenues dans les épisodes. Le tout est agrémenté de belles photos tirées de certains épisodes et films.  Enfant et adolescente j'ai regardé la série, époque Capitaine Kirk, c'est à dire les 3 premières années de la série. Spock est un personnage qui m'a bien marqué ! Entre les deux, rien, hormis deux films des années 2010 (nouvelle génération) regardés en DVD. Ce dossier m'a grandement donné envie de découvrir de nouveaux épisodes, de nouvelles films et d'être au rendez-vous pour la sortie de "Star Trek : beyond" de J.J. Abrahams, sortie prévue en juillet 2016 pour la date anniversaire - un demi siècle - de la série. Retrouvez sur leur site internet  une page rassemblant des bandes annonces, des génériques, etc.

    6 pages de critiques de livres, de fanzines, de revues (l'une des mes rubriques préférées) viennent compléter le numéro. La littérature ne s'arrête pas là puisqu'une interview des éditions Le Chat noir est retranscrite + 2 pages de chroniques de livres édités par ces mêmes éditions. C'est l'occasion de découvrir une petite maison d'éditions de livres fantastiques au sens large du terme : gothique,  fantasy, streampunk... Une rubrique cinéma, quelques films y sont présentés longuement (Hulk, Mad Max : fury road, Bienvenue au paradis, Au-delà de nos rêves. Ouai, ça fait peu mais les articles tiennent bougrement la route et sont bien argumentés). Egalement des critiques de BD et illustrations. Une retranscription d'une conférence ayant pour thème : "Voyager dans l'imaginaire spéciale", une rubrique jeux que je n'ai pas lue et également deux ou trois autres trucs.

    Le contenu est intéressant, bien rédigé (ça change de moi !), varié (le monde de l'imaginaire sous toutes ses formes) et je vais de ce pas m'abonner au zine ! Je n'oublierai pas de vous parler de la mise en page que j'aime particulièrement. Imprimé en noir et blanc (sauf la couverture en couleur), les illustrations, photos ressortent extrêmement bien. Des fonds gris, des sous-titres en fond noir, sans en abuser, apportent un plus indéniable. La mise en page est simple, carrée et agréable.

    Si vous aimez le fantastique, Présences d'Esprits aura de fortes chances de vous plaire.

    60 pages A4 - imprimé en noir et blanc, couverture couleur - 5 euros + frais de port (possibilité également d'abonnement à l'année) via la boutique en ligne.

    Présences d'Esprits # 85 - automne 2015 (fanzine)

    Photo prise le 27 février 2016 lors du salon fantastique à Paris


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  • Identification de la femme - un court-métrage de Massoud Bakhshi  (1999)Ce court-métrage est en bonus sur le DVD du film “La pomme” de l’iranienne Samira Makhmalbaf. Une bien bonne occasion de découvrir ce petit film-documentaire de 20 minutes de Massoud Bakhshi qui a réalisé, entre autre, “Une famille respectable” sorti en 2012.

    “Identification de la femme” est le portrait d’une femme iranienne âgée, malheureuse, qui attend désespérant que son fils unique vivant à l’étranger vienne la délivrer, pour que sa vie enfin puisse changer et avoir un sens. Elle n’a jamais pu faire ce qu’elle voulait, mariée jeune à un militaire âgé, elle a eu un fils avec lui. Comme elle ne voulait pas avoir un autre enfant avec lui et qu’elle n’a jamais aimé ce mari qu’elle déteste, elle a divorcé. Quelque temps plus tard et après différentes pressions, elle s'est mariée avec un voisin de son frère et est pour la seconde fois la deuxième femme de son mari. Détestant son mari, elle refuse d’avoir un enfant avec lui et lui trouve une femme à cet homme qui sera la troisième épouse. Tout à tour, nous aurons le témoignage de cette femme, du mari, de la troisième épouse. Une femme malheureuse qui durant toute sa vie d’adulte a été opprimée par les hommes et qui ne rêve plus que de partir de cette maison qui l’étouffe. Son seul espoir étant son fils.

    Ce documentaire est triste et démontre une nouvelle fois que le cinéma iranien sait traiter des sujets de société comme les inégalités entre les hommes et les femmes.

    Identification de la femme - un court-métrage de Massoud Bakhshi  (1999)


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  • Pershang - un court-métrage de Mahvash Sheykh-Ol-Eslami (2000)Ce court-métrage est en bonus sur le DVD du film “La pomme” de l’iranienne Samira Makhmalbaf. Une jeune fille est contrainte de se marier avec un voisin pour sauver l’honneur de la famille. Son frère est accusé d’avoir fréquenté une jeune fille. 

    A aucun moment les hommes qui décident pour elle du mariage ne lui demandent son avis. L’honneur est bien plus important que tout et les femmes considérées comme inférieurs n’ont pas leurs mots à dire.  Point barre. Comme dans “Identification de la femme” de Massoud Bakhshi également présent en bonus sur le DVD “La pomme”, il est question de mariages forcés, des hommes qui décident pour les femmes.  On y voit aussi le désespoir de deux femmes.

    La caméra est toujours éloignée des comédien-ne-s, vous n’y verrez jamais de gros plan. Ce n’est pas dérangeant pour les 12 minutes de ce court-métrage mais s’il en faisait 90 de plus, je ne sais pas si je serais du même avis. Il y a visuellement des plans intéressants, voire originaux. Mais au final, c’est le thème du court-métrage qui m’enthousiaste le plus même si l’espoir n’apparaît jamais.

    Pershang - un court-métrage de Mahvash Sheykh-Ol-Eslami (2000)


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  • La pomme - un film de Samira Makhmalbaf (1997)L'histoire s'inspire d'un fait divers : dans un quartier pauvre de Téhéran, plusieurs familles écrivent au Bureau d'aide sociale pour dénoncer des voisins qui séquestrent depuis leur naissance leurs deux petites filles âgées de 12 ans. Une assistante sociale est alors chargée de l'enquête.

    L'emprisonnement de Massoumeh et Zahra est symbolisé par des barreaux qui servent de porte d'entrée. Le père avoue les faits à l'assistante sociale et justifie la situation par le fait que leur mère est non-voyante est qu'elle ne peut pas veiller sur elles. Dans le film, les deux filles jouent leur propre rôle. Grace à l'assistance sociale, elles sortent pour la première fois de leur vie dans la rue, découvrent le monde, jouent avec des enfants, mangent une pomme (en Iran, la pomme symbolise la vie). L'assistante sociale enferme le père dans la maison et lui ordonne de scier les barreaux s'il ne veut pas que ses filles lui soient retirées. Malgré les faits, le père ne semble pas être un tyran, plutôt un homme perdu, dépassé par les événements qui pense que la seule solution pour que ses filles ne se sortent pas dans la rue est de les enfermer. La famille est pauvre, les filles et leur mère ne sortent pas de chez elles. N'ayant aucun travail, le père récolte le peu d'argent par ce qu'on lui donne. Le père est allé à l'école pendant 4 ans mais il n'a pas l'idée d'échanger son savoir avec ses filles. Au contraire, elles La pomme - un film de Samira Makhmalbaf (1997)savent à peine parler. 

    Malgré tout, le film n'est aucunement moralisateur, il expose des faits, sans jugement. On y voit la complexité de la société iranienne, avec des pauvres très pauvres, des filles, des femmes qui ont un statut très différent de celui des hommes. D'ailleurs dans le film une femme dit que si les filles avaient été des garçons, ils n'auraient pas été enfermés. On ressent une forme de solidarité entre les voisines qui ont informé au Bureau des aides sociales la situation des filles et qui par la suite essaient de les aider. Au final, ce sont les femmes qui sont les plus conscientes du sort réservé à Massoumeh et Zahra.

    "La pomme" a reçu un prix au festival de Cannes ce qui lui a permis de traverser les frontières. Il est filmé de façon sobre, très simple, avec une seule caméra, entre documentaire et fiction. Cette simplicité est pourtant très forte et à mille lieux des films à grands budgets. Il reflète assez bien le cinéma iranien qui avec peu de budget réalise et produit de bons films de fiction basés sur la société iranienne.

    La pomme - un film de Samira Makhmalbaf (1997)

    Au final, quel plaisir de revoir "La pomme", 16 ou 17 ans après sa sortie au cinéma. Ce film iranien réalisé par la jeune réalisatrice, 18 ans à l'époque, Samira Makhmalbaf est une réussite. MK2 éditions propose un DVD avec en bonus une interview de la réalisatrice, une autre d'Agnès Devictor, une critique de cinéma, la bande-annonce et deux courts métrages iraniens : "Identification de la femme" de Massoud Bakhshi et "Pershang" de Mahvash Sheykh-Ol-Eslami.

    Samira Makhmalbaf est la fille du réalisateur et écrivain Mohsen Makhmalbaf qui a co-écrit le film. Après deux courts métrages, elle réalise avec "La pomme" son premier long métrage. Elle a également réalisé "Le tableau noir" en 2000, "11'09'01 - september 11" en 2002, "A cinq heures de l'après-midi" en 2003 et "L'Enfant-cheval" en 2008.

    Avec Massoumeh Naderi, Zahra Naderi, Ghorban Ali Naderi,  Azizeh Mohamadi, Zahra Saghrisaz, etc. 

    La pomme - un film de Samira Makhmalbaf (1997) 

    Bande annonce :

     

     


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