"Les samedis du cinéma iranien" c'est un film iranien par mois au cinéma Le nouvel Odéon, dans le 6ème arrondissement de Paris. Ces séances sont organisées par l'association cinéma(s) d'Iran qui fournit un gros travail d'information sur le cinéma iranien, notamment sur son site internet qui est une mine d'information. Les projections sont suivies d'un échange/débat avec Bamchade Pourvali, historien et critique de cinéma. Le mois précédent j'avais assisté pour la première fois à une projection avec le film "Le cercle" de Jafar Panahi.
Amiro est un un orphelin d'une dizaine d'années vivant sur les bords du Golfe Persique. Il vit de petits boulots (cireur, récupération dans les décharges, récupération de bouteilles vides au bord de la mer, vente d'eau fraîche) et son chez lui est dans un bateau échoué sur la plage. Il est autonome et très débrouillard. Son meilleur ami Moussa partage de bons moments avec lui. Ce dernier l'a intégré dans un groupe de garçons de son âge qui travaillent également pour subvenir à leurs moyens. Régulièrement il se font la course, que ce soit à pied ou à vélo. Tous rêve de gagner à chaque fois et Amiro semble le plus tenace. Il court, ils court toujours ou presque, comme un leitmotiv pour échapper à sa condition. Il aime les bateaux (et les avions) et rêve de partir dans ceux qu'il voit au loin. Pour rêver encore plus, il achète des magazines étrangers, ceux vendus dans un kiosque aux marins et aux hommes d'affaires étrangers qui circulent près du port afin de regarder les photos. Amiro ne sait ni lire, ni écrire le persan. Il a conscience que s'il veut évoluer il doit apprendre à lire et écrire.
C'est un film autobiographique ou tout du moins qui reprend des parties de l'enfance du réalisateur Amir Naderi. Autodidacte, il ira par la suite à Téhéran pour apprendre les différents métiers du cinéma et gravira les "échelons" pour devenir réalisateur. Amir Naderi qui a maintenant 70 ans vit désormais aux Etats-Unis et réalise toujours des films, son dernier est une rétrospective du réalisateur Arthur Penn. Amiro (un "o" en moins et l'on arrive à "Amir") est un garçon combatif qui se débrouille pour manger, se loger en faisant des petits boulots qui lui permettent d'avoir un peu d'argent, suffisamment en tout cas pour vivre. Sa
combativité va l'amener à éviter de se faire arnaquer, de se faire voler et de suivre des rêves, des espoirs, des envies qui lui donnent/donneront la possibilité d'aller plus loin, toujours plus loin. Entre les garçons, on sent au départ une rivalité mais de forts liens d'amitié se créent. On pourra être choqué par une certaine violence, à la concurrence, la compétition, comme une initiation à la vie adulte dans une société dure qui aime les vainqueurs. On pourra aussi être choqué de ne voir quasiment aucune femme, hormis quelques-unes au début du film que l'on voit brièvement. La place des femmes en Iran en 1985 est surtout réservée dans les espaces privés. Par le biais de son film, financé par un centre public d'éducation, Amir Naderi montre que l'émancipation des individus passe par l'éducation, l'apprentissage, le savoir. Amiro va suivre des cours du soir pour apprendre à lire et à écrire. On sent une forte motivation de sa part quant à la nouvelle direction qu'il se donne, à savoir apprendre pour s'émanciper.
Le film est peu fourni en dialogue, préférant se centrer sur les images. Certaines sont de toutes beautés, notamment les plans sur la mer, les couchers de soleil. Une belle qualité artistique qui présente un film relativement lent sans être ennuyeux. Les cris, la rage, les envies d'Amiro permettent de capter toute notre attention.
Avec Majid Niroumand, Moussa Torkizadeh, Alireza Gholam Zadeh, Mohammad Navazi...
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