Sortie en salle le 8 juillet 2015
Hirut Assefa a 14 ans lorsqu'en sortant de l'école elle est enlevée par 6 hommes à cheval. Ils l'isolent et elle est violée et violentée par l'un d'eux. Dans les campagnes éthiopiennes, la tradition veut qu'un homme enlève la femme qu'il désire épouser et la viole. Hirut arrive à s'enfuir avec le fusil du violeur. Les 6 hommes la pourchasse et dans la fuite, Hirut tire sur le violeur et le tue.
Meaza Ashenafi est une jeune avocate travaillant dans une organisation qui fournit gratuitement une aide juridique aux femmes et aux enfants démuni-e-s. Elle va défendre Hirut qui risque la peine de mort. En Ethiopie, les femmes n'obtiennent jamais la légitime défense, ce qui signifie que le viol est légitimé et dans ces conditions, les traditions liées à la violence, au sexisme sont perpétuellement pratiquées. Hirut est la seconde fille d'une famille de trois filles. L'aînée a connu le triste sort d'être enlevée, violée et mariée à un homme puis a enfanté de quatre enfants. Hirut a peur que sa cadette subisse le même sort. Son père préfère la retirer de l'école pour qu'elle est moins de chance de se faire enlever. Hirut est consciente que c'est grâce à l'école que les filles peuvent s'élever socialement ou tout du moins subir moins de sexisme et de pauvreté. Les hommes du village d'Hirut ont décidé de banir Hirut pendant 25 ans, son père est dans l'obligation de payer un dédommagement à la famille de la
victime. La famille et amis du violeur sont près à la tuer pour se venger. Dans un premier temps Hirut vivra chez l'avocate en attendant le procès puis suite à différentes pressions ira dans un orphelinat pour ne pas être retrouvée.
Si Hirut n'avait pas été défendue par un-e avocat-e elle aurait été immédiatement reconnue coupable et condamnée à mort (ne pouvant pas justifier l'âge d'Hirut, l'administration a essayé de la faire passer pour une personne majeure). Lorsque l'on est pauvre et de surcroît une fille ou une femme, beaucoup de choses jouent en votre défaveur. Durant le film, on voit l'importance de l'éducation, du savoir mais aussi de la justice, de l'égalité (homme/femme, riche/pauvre) car finalement c'est grâce à la ténacité d'une femme avocate issue d'une famille pauvre qui défendra les plus opprimées que le dénouement deviendra un changement dans la société Etiopienne avec pour la première fois une femme acquittée suite à de la légitime défense. "Difret" est tiré d'une histoire vraie. La société certes ne changera pas avec une affaire mais la jurisprudence est effective.
On voit aussi les différences entre les hommes qui veulent rester dans les traditions, ne remettant nullement en question les atrocités et ceux qui veulent un changement comme le père d'Hirut, l'homme de justice qui aidera Meaza Ashenafi ou l'instituteur. Ce n'est pas forcément lié à leur statut social : le sexisme, le patriarcat sont dans toutes les instances, toutes les classes sociales.
"Difret" c'est aussi un film avec des femmes de caractère, qui se battent pour un monde meilleur, plus juste pour les femmes et pour les démuni-e-s. Hirut est obstinée, sait ce qu'elle veut (pas toujours au vu des circonstances terribles mais elle est forte), Meaza Ashenafi sait que c'est en se battant, en défendant les femmes qu'elle arrivera à faire évoluer lentement mais sûrement les mentalités. Un film qui donne espoir. Ce film éthiopien est parlé en Amharique, la langue officielle de l'Ethiopie, raison de plus pour aller voir ce beau film. J'avoue, j'y ai versé quelques larmes.
Meron Getnet, Tizita Hagere, Rahel Teshome, etc.
Bande annonce :