• L'escale - un film documentaire de Kaveh Bakhtiari (2013)

    L'escale - un film documentaire de Kaveh Bakhtiari (2013)Dans le cadre de la 15 édition Le mois du film documentaire qui se déroule en novembre, la médiathèque de Villejuif (94) organise trois projections suivies d'un débat. Ces trois documentaires récemment primés dans de nombreux festivals internationaux portent le thème du cinéma iranien en exil. La première projection "Iranien" de Mehran Tamadon s'est déroulée le 8 novembre. C'était une avant-première de la sortie nationale en salle le 3 décembre prochain. Le film a été notamment projeté au festival cinéma et droits humains 2014 à Paris, organisé par Amnesty International. Dans l'après-midi, du samedi 15 novembre, c'était au tour de "L'escale" de Kaveh Bakhtiari qui réalise son premier long documentaire après plusieurs courts métrages de fiction. La salle culturelle de la médiathèque de Villejuif était quasiment pleine (une bonne cinquantaine de personnes) pour découvrir ce documentaire sorti en salle le 27 novembre 2013 et en DVD depuis le début du mois. Le film a été produit par Kaléo Films (France) et Louise Productions (Suisse).

    Kaveh Bakhtiari est un réalisateur suisse d'origine iranienne qui a fuit l'Iran avec sa famille lorsqu'il avait 9 ans. Après des études de cinéma à Lausanne, il a réalisé 8 courts métrages de fiction et 2 documentaires. Il a commencé à se faire remarquer en 2007 avec son court métrage "La valise" qui a obtenu plusieurs prix. A Athènes, en Grèce, il est invité à présenter "La valise" lors d'un festival. Il apprend que son cousin de 28 ans est en prison à Athènes après avoir rejoint illégalement la Grèce. Avec sa caméra, Kaveh Bakhtiari le rencontre à sa sortie de prison  et voilà que le documentaire commence, sans aucune préméditation.

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    Dès son arrivée en Grèce, son cousin a écopé de 4 mois de prison pour la simple raison d'être entré illégalement sur le territoire Grecque, telle est la dure réalité des migrant-e-s clandestins qui en plus d'avoir payé une fortune un passeur qui la plupart du temps les anarque, d'avoir dû quitter leur famille, leurs proches, leurs attaches, ils et elles doivent faire face à la répression de l'état Grecque (ce n'est pas non plus du gâteau dans les autres pays). Kaveh Bakhtiari reste chez son cousin à Athènes qui est en sous-location dans l'appartement d'Amir, un autre migrant iranien. Ce dernier héberge dans son appartement d'autres iraniens en échange d'un peu d'argent afin de pouvoir payer le loyer. Au début du film, sans le réalisateur, ils sont 6 migrants d'origine iranienne et une arménienne (elle partira rapidement vers un autre pays). Nous vivrons leur quotidien de migrants clandestins : ils doivent se débrouiller pour ne pas se faire remarquer par la police, pour acheter un faux passeport afin de quitter la Grèce, les longues attentes pour obtenir d'hypothétiques papiers... mais aussi un quotidien où les 6 iraniens doivent être soudés, solidaires pour ne pas craquer. Leur objectif n'est pas de rester en Grèce. Les passeurs leur avait promis de les amener en Amérique du Nord ou en Australie avec comme première étape la Grèce mais une fois arrivés dans le pays, ils n'ont plus de nouvelles de leur passeur. Ils doivent se débrouiller pour rejoindre un autre pays avec un faux passeport qu'ils attendent parfois de longs mois et aussi avec beaucoup de chance car beaucoup ne réalisent pas leur projet et se retrouvent en prison ou de retour à la case départ dans leur pays d'origine. 

    Kaveh Bakhtiari filme les moments présents avec la volonté de ne jamais parler de leur passé en Iran : dans l'appartement en train de préparer le dîner ou lors de discussions, dans la rue pour échapper aux policiers ou en soutenant deux amis iraniens en grève de la faim. Des moments forts d'entre-aide, Amir en est un bel exemple, des moments de joie, de rigolade mais aussi de pleurs, de mal-être, de détresse, des moments tragiques aussi. Ces hommes ont tout quitté pour essayer de reconstruire quelque chose ailleurs, dans un pays où il est possible de construire un avenir sans être censuré, persécuté, torturé.

    L'escale - un film documentaire de Kaveh Bakhtiari (2013)

    Le réalisateur restera avec eux pendant une année avec juste quelques aller-retour en Suisse. On suivra le départ de chacun vers des pays tant convoités, tant rêvés pour se reconstruire et surtout espérer. Kaveh Bakhtiari propose un film à visage humain qui parle des migrant-e-s, de leurs galères, d'un pays (il est le reflet des autres) qui ne veut pas d'eux (mais qui les exploite bien, commentaire de moi-même), d'une solidarité entre le groupe d'iraniens. C'est son expérience, pas celle de tous les migrants clandestins. Il s'est focalisé sur le groupe de son cousin et s'est immergé dans leur monde durant une année. Même si la situation est différente, Kaveh Bakhtiari a aussi connu l'exil avec sa famille. Dans sa réalisation, "L'escale" est filmé de façon brute, assez sommaire, préférant privilégier les échanges aux beaux plans.

    Le documentaire a eu la chance d'être diffusé en salle et d'après Sophie Germain l'une des deux productrices de Kaléo Films qui était présente dans la salle pour parler de "L'escale", il y a eu en France entre 12.000 et 13.000 entrées sans compter les projections hors cinéma (comme à la médiathèque de Villejuif, par exemple !). Espérons que grâce à la sortie du DVD, un peu plus de personnes découvriront ce beau documentaire poignant qui traite d'un sujet terrible vécu par quelques iraniens (et tant d'autres dans le monde). 

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