• Sortie en salles le 1er novembre 2017

    TLes conquérantes - un film de Petra Biondina Volpe (2017)rois ans se sont écoulés depuis mai 68 mais la vague de libération ne semble pas avoir atteint le petit village suisse d’Appenzell. En mère au foyer exemplaire, Nora ne conçoit d’ailleurs pas sa vie autrement. Pourtant, à l’approche d'un référendum sur le droit de vote des femmes, un doute l'assaille : et si elles s'affirmaient davantage face aux hommes ? A mesure que Nora propage ses drôles d'idées, un désir de changement s'empare du village, jusque chez les plus récalcitrantes…

    1971 est l'année durant laquelle les femmes Suisses ont obtenu le droit de vote. Petra Biondina Volpe s'est penchée sur cette avancée historique (et tardif) pour réaliser un film centré sur un village fictif, situé dans les montagnes suisses. Le personnage principal, Nora, vit dans ce village. Sa vie se résume à sa famille et aux taches ménagères. En rencontrant par hasard des militantes féministes donnant de l'information sur le référendum pour ou contre le droit de vote aux femmes, elle va s'engager dans son village pour que les "non" deviennent des "oui" et permettre ainsi que les mentalités évoluent. Elle est aidée par un petit groupe de femmes qui va s'agrandir au fur et à mesure et  va devoir faire face aux hommes récalcitrant qui souhaitent garder leurs privilèges sous prétexte d'arguments religieux et essentialistes.

    "Les conquérantes" met l'accent sur les inégalités entre les hommes et les femmes, ces dernières étant soumises à leur mari et avec des droits très restrictifs. Malgré la tragédie de la situation,  la réalisatrice (également scénariste) a préféré orienter le film sur la solidarité entre femmes, sur l'humour plutôt que sur l'aspect dramatique (la photo de l'affiche du film l'annonce clairement). Il se rapproche dans la forme plus à "We want sex equality" qu'à "Les suffragettes" (droit de votes des anglaises obtenu en 1918 et pour les françaises en 1944). 

    Les conquérantes - un film de Petra Biondina Volpe (2017)

    On suit le parcours courageux de Nora, au début la seule personne de son village à affirmer ses idées d'émancipation et d'égalité, en commençant par le droit de vote. Son courage et sa détermination amènera d'autres femmes à la suivre et à se rebeller face aux hommes dominants et contre le patriarcat. C'est bien sûr le genre de films rageant et en même temps qui donne des ailes lorsque les dominées brisent (partiellement) leurs chaines.

    On est loin des films historiques à grand budget qui font palpiter le cœur (ou pas). Toutefois "Les conquérantes" est bien réalisé, avec de petits moyens et s'en sort plutôt bien. J'apprécie tout particulièrement les films traitant de sujets politiques et sociales. Gardons à l'esprit que le cinéma est un bon moyen de réflexion. Ce film est toujours malheureusement d'actualité car même si le droit de vote des femmes existe dans la plupart des pays, les inégalités persistent et les femmes doivent toujours se battre pour se faire entendre et réclamer une égalité réelle. 

    Je conclus avec des propos de Petra Biondina Volpe : "Le droit de vote des femmes est un des chapitres les plus sombres de l’Histoire suisse. Bien sûr, tout le monde sait, mais personne, ni à l’école ni en société, n’en parle vraiment, ce qui arrive très souvent dans l’histoire des femmes, toujours mises de côté. J’ai voulu rendre hommage à ces femmes qui ont lutté avec ardeur pendant plus de 100 ans pour obtenir le droit de vote et décrire cette oppression dans laquelle elles vivaient, jour après jour. Le message que je fais passer, par la même occasion, est qu’il faut continuer à faire preuve de courage civique et à lutter pour l’égalité."

    Les conquérantes - un film de Petra Biondina Volpe (2017)

    Avec : Marie Leuenberger, Bettina Stucky, Ella Rumpf, Sofia Helin, Maximilian Simonischek, Rachel Braunschweig, Sibylle Brunner, Peter Freiburghaus, Marta Zoffoli, Nicholas Ofczarek, Noe Krejcí, Finn Sutter, Elias Arens, Mirjam Zbinden, etc.

    Bande annonce :


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  • Sortie en salles le 1er novembre 2017

    Jeune femme - un film de Léonor Serraille (2017)Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidé à prendre un nouveau départ. Avec panache

    Le film entre rapidement dans le vif du sujet et ce, dès les premiers instants. Paula entre en action, avec fracas et une envie de tout claquer et plaquer. Les bases sont données. Paula, c'est la jeune femme du titre du film qui vient d'être larguée par son compagnon après dix années de vie commune passées en Amérique du Sud. Elle est à la rue, sans travail, sans soutien et avec une adorable chatte comme amie.  La situation la rend très vulnérable et son mal-être se transforme en tornade. Une tornade qui tape sur les murs, crie, répond du tac au tac. Paula va apprendre au fil de rencontres à se poser un peu, à se calmer aussi, à prendre des décisions.

    Le film se déroule à Paris. Un Paris souvent en extérieur filmé de belle manière dans différents quartiers, dans les rues, les parcs, le métro. On sent un certain sens de l'esthétique, par exemple dans la scène qui se déroule en boite de nuit, en enchaînant sur une ballade de nuit collective de rollers. Paula et sa mère assises sur un canapé avec en fond le mur : on pourrait aisément imaginer la scène comme un tableau.  La place de la caméra, la manière de suivre les protagonistes, rien n'est laissé au hasard. 

    Jeune femme - un film de Léonor Serraille (2017)

    Jeune femme, c'est avant tout Laetitia Dosch (La belle saison, La bataille de Solférino, Keeper, Mon roi, Les malheurs de Sophie... également danseuse, comédienne et metteure en scène  de théâtre) dans le rôle de Paula qui joue une interprétation brillante. Entre colère, violence, extra-extra-extraversion et aussi une certaine forme de tendresse qui montre que toute cette colère en elle est liée à une avalanche de problèmes qu'elle résoudra palier par palier. Les seconds rôles sont également mis en valeur et bien développés, avec Ousmane (Souleymane Seye Ndiaye), ce vigile qui passe ses journées de travail à penser pour éviter l'ennui et qui aidera Paula dans sa reconstruction, la mère de Paula (Nathalie Richard, déjà dans le rôle principal du moyen-métrage "Body" de la réalisatrice) qui ne pardonne rien, Joachim (Grégoire Monsaingeon), son ex-compagnon ou son amie Yuki (Léonie Simaga). Le film joue et met un fort accent sur les personnages, tout en ayant une intrigue cohérente et bien menée. Une esthétique, une photographie (l'image de Paula sur un pont, regardant la Seine... bravo !) qui valent le détour. C'est aussi de l'humour bien pesé, bien pensé, sans trop en faire (on ne tombe pas dans le comique pour faire du comique).

    C'est une histoire simple, touchante de sincérité qui rappelle toute la difficulté de s'adapter dans une nouvelle ville (ou après une longue absence) surtout si elle est grande. La difficulté de remonter la pente lorsque le moral est au plus bas. Toutes les "mauvaises" choses dites et faites sous le coup de la colère car finalement nous ne sommes que des êtres humains doués de sensibilité qui par moment nous joue de bien mauvais tours. Tout n'est pas noir, tout n'est pas blanc et il est nécessaire d'analyser la situation pour comprendre ou tout du moins d'essayer de comprendre les autres et nous-mêmes par la même occasion. La difficulté enfin et pour finir de vivre dans une ville comme Paris lorsque l'on n'est pas fortuné-e, avec le prix élevé des loyers, des emplois précaires (comme partout, malheureusement) et mal payés. La scène de l'entretien d'embauche (partiellement sur la bande annonce) est excellente. Il est nécessaire de se vendre, de mentir, de se plier pour avoir une chance d'être retenu-e pour un boulot minable.

    Jeune femme - un film de Léonor Serraille (2017)

    Léonor Serraille réalise (et écrit) avec "Jeune femme" son premier long métrage. Au festival de  Cannes 2017, il a remporté la caméra d'or (prix pour un premier film). Il a également été présenté dans la sélection Un certain regard. Il a également remporté un prix au Champs-Elysées Film Festival.  L'équipe du film est majoritairement composé de femmes, ce qui intrigue de nombreuses personnes. La réalisatrice a souhaité travailler avec des personnes compétentes avec lesquelles elle avait déjà collaboré pour son moyen-métrage "Body" et au final la plupart étaient des femmes. Rien de prémédité. Serait-on intrigué si la majorité était des hommes, comme on le retrouve à 99,98 % dans le monde du cinéma ? C'est une très bonne chose que le nombre de cinéastes femmes augmente et que les rôles des actrices évoluent (même si les stéréotypes persistent). Peut-être qu'un jour plus personne ne se préoccupera du genre des personnes. Un jour peut-être, en plein post apocalypse lorsque les zombies nous poursuivront pour nous manger. Le genre n'aura plus trop d'importance ! :-)

    "Jeune femme" fait parti du top 10 de mes films préférés de l'année, je vous recommande d'aller le voir si ce n'est pas déjà fait.

     

    Avec : Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Léonie Simaga, Souleymane Seye Ndiaye, Nathalie Richard, Erika Sainte, Lilas-Rose Gilberti-Poisot, Audrey Bonnet, etc.

    Jeune femme - un film de Léonor Serraille (2017)

    Bande annonce :

    Interview de Léonor Serraille (scénariste et réalisatrice) Laëtitia Dosch (Paula), Souleymane Seye Ndiaye (Ousmane) et Erika Sainte (la mère de la petite fille) :


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  • Sortie en salle le 18 octobre 2017

    Tous les rêves du monde - un film de Laurence Ferreira Barbosa (2017)Pamela, la petite vingtaine, est dans une mauvaise période : elle échoue pour la seconde fois au bas S et rate l'examen du permis B. Malgré les encouragements de ses parents qu'elle aime profondément, elle ne sait pas vers quelle(s) direction(s) mener sa vie. Comme chaque été, elle part en vacances avec ses parents, sa sœur et son neveu dans un village portugais dont la famille est originaire. Elle idéalise le village et la vie au Portugal jusqu'à ces vacances qui seront l'amorce d'un nouveau départ. 

    Le film trace le portrait de Pamela, une jeune femme à la personnalité forte qui se cherche. Née en France, d'origine portugaise, vivant en région parisienne, sa vie se partage entre le lycée, sa famille, le piano, le patinage artistique, son association culturelle portugaise. Face à des échecs consécutifs, elle se met des obstacles psychologiques qui l'empêchent de penser sereinement et de prendre sa vie en main. "Tous les rêves du monde" traite du doute , de la difficulté d'évoluer entre (ou avec) deux cultures, deux pays, entre idéalisme et rejet ou comment s'accepter lorsque l'on est jeune sans décevoir ses parents.

    La plupart des acteurs et actrices principaux sont volontairement des non professionnels. Pamela Constantino Ramos dans le rôle de Pamela n'y fait pas exception. Elle est carrément géniale, un style atypique, une personnalité et un jeu qui détonne. Lors des premières minutes du film, on voit Pamela, allongée sur son lit, en train de regarder un film avec un chat sur ses genoux et une affiche d'un film de Wes Craven sur le mur de sa chambre. On ne pouvait pas mieux commencer ! :-) Les images de montagnes (Portugal) sont magnifiques, inoubliables. Le film est soigné, simple, sans artifice. Une certaine simplicité, non dénuée d'humour et surtout d'intérêt (!) fait de ce film un bon moyen pour passer un agréable moment pendant un peu moins de deux heures. C'est le le premier film de Laurence Ferreira Barbosa que je regarde. Elle n'en est pourtant pas à son premier coup d'essai puisqu'elle a réalisé quelques longs métrages comme "Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel", "J'ai horreur de l'amour" ou "Soit je meurs, soit je vais mieux". Elle a également co-écrit le film. 

    Tous les rêves du monde - un film de Laurence Ferreira Barbosa (2017)

    Avec : Pamela Constantino Ramos, Rosa Da Costa, Antonio Torres Lima, Mélanie Pereira, David Murgia, Lola Vieira, Alexandre Prince, etc.

     

    Bande annonce :


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  • Sortie en salle le 18 octobre 2017

    La belle et la bête - un film de Kaouther Ben Hania (2017)Tunis. Mariam, 21 ans, rencontre Youssef lors d'une fête étudiante. Un peu plus tard dans la soirée, elle est agressée sexuellement par trois policiers. D'abord avec Youssef, puis toute seule, Mariam va lutter jusque dans ses derniers retranchements pour pouvoir porter plainte contre ses agresseurs.

    Le film est une adaptation libre du livre autobiographique "Coupable d'avoir été violée" de Meriem Ben Mohamed. Nous suivons le calvaire de la protagoniste qui essaie coûte que coûte de se faire entendre afin de pouvoir déposer une plainte au commissariat. Son chemin est semé d'embûches. Comme il arrive bien trop souvent lors de viols, les victimes deviennent aux yeux des "autres" les coupables, leurs paroles étant bien trop remises en question dans les sociétés patriarcales dans lesquelles nous vivons. Mariam subira dans le commissariat l'intimidation, la violence et luttera jusqu'au bout pour se faire entendre. Sa ténacité, son envie de justice l'amène à surpasser ses peurs.  

    L'action se déroule en pleine post révolution. Youssef en a été l'un des partisans et veut que justice soit faite à Mariam. Il l'encourage pour que ses droits soient respectés. Mais Mariam n'est pas une suiveuse, elle luttera pour elle. Youssef n'aura été que l'élément déclencheur. Même si Mariam se retrouve seule face aux policiers, agresseurs pour certains, complices ou indifférents pour d'autres, elle a un soutien dans le commissariat ce qui évite de faire tomber le film dans un manichéisme primaire et il donne ainsi une certaine touche d'espoir.

    La belle et la bête - un film de Kaouther Ben Hania (2017)

    Les scènes sont filmées caméra au poing, dans des plans séquences ce qui donne une volonté de continuité dans les interactions, dans les mouvements, dans l'action. La réalisatrice Kaouther Ben Hania qui signe son troisième long métrage, n'a pas souhaité filmer la scène de viol. Cette décision me parait intelligente car elle évite un surplus d'émotion dans ce film déjà bien intense, pas besoin d'en rajouter et encore moins de faire l'étalage du traumatisme subi par Mariam. Cela appuie l'idée qu'un viol est une atrocité, pas besoin d'images chocs pour avoir de la compassion et de soutenir les victimes. Elles doivent l'être, point barre.

    "La belle est la meute" est une belle réussite malgré quelques imperfections. Un film politique qui amène les spectatrices et spectateurs à se questionner quant aux inégalités liés au genre, aux abus de pouvoir, à la violence d'Etat et de ses représentants. Lorsqu'un film donne des pistes de réflexion, c'est déjà un film intéressant. La culture, les arts sont pour moi un bon moyen pour mettre en lumière d'une façon subtile ou pas, une réflexion, un débat, un contexte qui est par essence politique. Un film engagé et féministe très fort en intensité et à soutenir. Lors du dernier festival de Cannes il a été présenté dans la section Un Certain Regard (film atypique ou réalisateur/réalisatrice peu connu)

    Mention spéciale à Mariam Al Ferjani (petit interview en vidéo, voir un peu plus bas) qui fait une excellente interprétation dans un rôle polyvalent et difficile à jouer. Elle a déjà joué dans un court-métrage de Leyla Bouzid (la réalisatrice du réussi long métrage "A peine j'ouvre les yeux" sorti en 2015).

    Avec : Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda, Mohamed Akkari, Chedly Arfaoui, Anissa Daoud, Mourad Gharsalli, etc.

    La belle et la bête - un film de Kaouther Ben Hania (2017)

     

    Interview de la comédienne Mariam Al Ferjani :

    Bande annonce :


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  • Sortie en salle le 16 novembre 2016

    Gorge Cœur Ventre - un film de Maud Alpi (2016)Les bêtes arrivent la nuit. Elles sentent. Elles résistent. Avant l'aube, un jeune home les conduit à la mort. Son chien découvre un monde effrayant qui semble ne jamais devoir s'arrêter.

    Le jeune homme en question travaille dans un abattoir. Il amène les animaux jusqu'au stade ultime : l'abattage. Comme il le dit lui-même lorsqu'il abat une vache en train de mettre au monde un veau : "Aucun animal ne peut sortir d’ici vivant". Ces animaux, vaches, cochons, moutons sont aux yeux des humains des machines car il est plus facile d'accepter l'exploitation, la mort d'un animal si on le considère comme une machine que comme un individu sensible. Son chien, Boston, observe les animaux, les renifle, les écoute. Il est par moment les yeux de la caméra, une vision qui le rapproche à la fois des humains et des animaux non-humains. Il a au moins la chance d'être né chien et de vivre avec une personne qui lui apporte beaucoup de joie et de tendresse. Il ne subira pas le sort réservé à ces animaux "d'élevage". Pourtant il a tant de points communs avec eux, par exemple ces vaches avec leur regard, leur nez, si proches de Boston. Et ce chien a tant de points communs avec le jeune homme, leur complicité, leur amour réciproque. Cependant la société divise, d'un côté les humains dominateurs au commande de la planète et de l'autre une place réservée aux animaux très petite, voire insignifiante. La réalisatrice Maud Alpi explique dans une interview "Dans un abattoir on est vraiment à la racine de ce qui nous écrase : s'approprier l'autre en l'enfermant, en le contraignant, en le tuant, ou tout ça à la suite. Les animaux qui se font tuer ne sont pas des métaphores des humains qui se font broyer par un système économique ou politique. J'ai plutôt l'impression que la domination exercée sur les animaux est l'abattoir, et l'abattoir est la matrice d'un monde où les humains s'entre-dominent et se font broyer au nom de l'efficacité et du profit. C'est-à-dire que l'abattoir à mes yeux n'est pas l'image d'autre chose - c'est déjà un sacré effort de regarder par lui-même... Mais l'abattoir produit quelque chose d'autre que de la viande, il produit la possibilité de dominations infinies. Il est un outil de normalisation de la domination. Et il refabrique ça chaque nuit."

    Gorge Cœur Ventre - un film de Maud Alpi (2016)

    Le film se déroule dans un abattoir, avec quelques excursions à l'extérieur, proche du documentaire mais en restant une fiction réaliste. Caméra à l'épaule, on déambule dans l'abattoir, dans les couloirs. Des scènes d'abattage sont présentes pour bien montrer le but ultime d'un abattoir : tuer pour en extraire la chair qui deviendra de la viande. On voit ces scènes de loin, le film ne fait pas dans le gore même si les images donnent un goût amer car telle est la réalité. A l'aide d'un tuyau d'arrosage le jeune homme se lave comme pour essayer de nettoyer et de guérir les stigmates produits par l'abattoir, des faits et gestes qui le conduisent à être complice du meurtre des animaux. Il arrose aussi les animaux en cette période de forte chaleur pour les aider à mieux surmonter leur stress, un moyen lui permettant certainement de leur offrir au moins pendant quelques instants des minutes de répit et de déculpabiliser de travailler dans un tel lieu.

    "Gorge Cœur Ventre" est filmé de façon minimaliste et avec intelligence, comme lorsque l'on suit Boston. Il n'entre pas dans la case des filmsGorge Cœur Ventre - un film de Maud Alpi (2016) militants mais son approche et les images vues ne peuvent pas laisser les spectateurs et spectatrices indifférent-e-s au sort des animaux élevés, exploités, utilisés, tués pour la consommation humaine. De ce fait, il fait réfléchir, tant sur notre alimentation (viande) et de façon plus générale, sur la place des animaux dans notre société et de la domination qu'exercent les humains sur les autres espèces. Il se rapproche un peu du cinéma expérimental, très loin dans l'approche des films commerciaux et divertissants qui dominent le monde du cinéma, laissant une place minime au cinéma indépendant.

    La fin du film avec l'arrivée du générique, seul moment musical du film, amène aussi la question de la place des animaux de "compagnie" avec la chanson "Show Me The Place" de Leonard Cohen.

    Après 5 courts-métrages, Maud Alpi réalise son premier long-métrage. Virgile Hanrot, le jeune homme qui tient le premier rôle joue pour la première fois et un peu par hasard, dans un film. Maud Alpi et Baptiste Boulba-Ghigna, le co-scénariste l'ont rencontré à une free parade, ce qui a permis leur collaboration.

     

    Avec Virgile Hanrot, Dimitri Buchenet, Boston, Giula Cortese, Sébastien Spegagne

    Gorge Cœur Ventre - un film de Maud Alpi (2016)

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